Martin DUVAL

Co-Fondateur & Co-Président bluenove - Auteur

Stratégie d'innovation: comment basculer vers l'économie circulaire ?

Le professeur Clayton Christensen dans son livre "The innovator's dilemma" publié en 1997 avait déjà mis en évidence la notion d’un dilemme sur la capacité d’une entreprise à choisir entre innovation incrémentale et innovation disruptive. Dans le contexte de ce dilemme, l'innovation incrémentale est souvent plus attrayante pour les entreprises établies car elle améliore les produits ou services existants et répond aux attentes actuelles des clients et des marchés. C'est une approche plus sûre et plus prévisible, qui peut générer des bénéfices à court terme. L'innovation disruptive, en revanche, implique de créer de nouveaux marchés, de nouveaux modèles économiques, et de perturber les marchés existants. C'est une approche plus risquée et incertaine, qui peut ne pas toujours générer de bénéfices immédiats et peut même cannibaliser les ventes de produits existants. Cependant, si elle réussit, l'innovation disruptive peut offrir un avantage concurrentiel majeur et créer une valeur significative à long terme. Afin de faire émerger cette idée de « double dilemme » entre Innovation Incrémentale versus Disruptive et des objectifs orientés plutôt vers la Performance que vers la Planète (incluant les dimensions d’écologie et d’humain), je propose la matrice suivante : . Quadrant 1 (Innovation incrémentale, Orientation performance) : Ces entreprises sont axées sur l'amélioration continue de leurs produits et services existants, avec un accent sur la performance financière. Leurs innovations visent principalement à augmenter l'efficacité et la rentabilité. . Quadrant 2 (Innovation disruptive, Orientation performance) : Ces entreprises cherchent à perturber les marchés existants et à créer de nouveaux marchés, toujours avec un accent sur la performance financière. Leurs innovations peuvent être risquées, mais elles ont le potentiel de générer des rendements élevés. . Quadrant 3 (Innovation incrémentale, Orientation Planète) : Ces entreprises sont axées sur l'amélioration continue de leurs produits et services existants, mais elles accordent une grande importance aux considérations environnementales et sociales. Leurs innovations visent à rendre leurs activités plus durables et à minimiser leur impact négatif sur la planète. . Quadrant 4 (Innovation disruptive, Orientation Planète) : Ces entreprises cherchent à perturber les marchés existants et à créer de nouveaux marchés avec un accent sur la durabilité. Leurs innovations peuvent être risquées, mais elles ont le potentiel de créer une valeur significative à la fois pour l'entreprise et pour l’environnement. On pourrait ainsi envisager huit types de profils d'entreprise (dont j'ai créé les noms), chacun correspondant à un quadrant spécifique ou à cheval entre deux cadrans : 1. Les Optimisateurs (Quadrant 1) : Ces entreprises sont axées sur l'optimisation de leurs produits et services existants pour améliorer la performance financière. Elles privilégient les innovations incrémentales et sont généralement orientées vers des marchés matures. 2. Les Disrupteurs (Quadrant 2) : Ces entreprises sont orientées vers la perturbation des marchés existants et la création de nouveaux marchés. Elles mettent l'accent sur l'innovation disruptive avec un fort potentiel de retour sur investissement, mais elles ont tendance à négliger les considérations environnementales et sociales. 3. Les Éco-Innovateurs (Quadrant 3) : Ces entreprises cherchent à améliorer de manière incrémentale leurs produits et services existants tout en intégrant des considérations écologiques et sociales. Elles s'efforcent d'innover de manière à minimiser leur impact négatif sur l'environnement et à maximiser leur contribution positive à la société. Elles appliquent plutôt un modèle de circularité faible. 4. Les Visionnaires (Quadrant 4) : Ces entreprises se concentrent sur l'innovation disruptive avec un accent sur la durabilité. Elles cherchent à perturber les marchés existants et à créer de nouveaux modèles orientés vers une circularité forte. 5. Les Transitionneurs (entre Quadrant 1 et 3) : Ces entreprises cherchent à équilibrer les améliorations incrémentales de leurs produits et services existants avec des considérations écologiques et sociales. Elles essaient de maintenir un équilibre entre performance financière et durabilité. 6. Les Disrupteurs Transitionneurs (entre Quadrant 2 et 4) : Ces entreprises sont engagées dans une innovation disruptive avec un fort accent sur la durabilité, tout en essayant de maintenir une performance financière solide. Elles cherchent à créer de nouveaux marchés respectueux de l'environnement et de la société, tout en réalisant un retour sur investissement satisfaisant. 7. Les Transformateurs (entre Quadrant 1 et 2) : Ces entreprises sont en transition entre une approche centrée sur l'optimisation de la performance financière à travers des innovations incrémentales, vers une approche centrée sur la perturbation des marchés existants et la création de nouveaux marchés, mais ne font pas de la RSE une priorité. 8. Les Eco-transformateurs (entre Quadrant 3 et 4) : Ces entreprises sont en transition entre une approche centrée sur l'éco-innovation incrémentale vers une approche centrée sur l'innovation disruptive durable. Elles cherchent à transformer leur modèle d'affaires pour créer de nouveaux modèles de circularité forte. Les dénominations des différents profils sont propices à désaccords voire polémiques, mais elles importent peu en soi et peuvent être modifiées au goût de l’entreprise qui souhaiterait l'utiliser. La matrice du double dilemme de l'innovateur peut être utilisée par les entreprises à la fois pour évaluer leur position actuelle, définir leur position souhaitée, et planifier leur trajectoire de transition. Elle peut les aider à identifier les opportunités et les défis liés à leur position actuelle, à comprendre les implications de leur position souhaitée, et à concevoir des stratégies et des actions pour combler l'écart entre les deux. Elle peut également être utilisée pour faciliter le dialogue et la prise de décision entre les différentes parties prenantes de l'entreprise (direction, employés, clients, fournisseurs, investisseurs, etc.). Source: cet article est issu d'une partie de mon mémoire élaboré dans le cadre de la formation "Certificat Economie Circulaire" de Executive Education MINES Paris - PSL / Université Paris Dauphine - PSL soutenu par ecosystem, que j'ai effectué en 2023.

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